Expatriation

Prof: est-ce vraiment  »la bonne planque »?

Je n’en ai encore jamais parlé sur le blog en détails, mais dans la vraie vie, je suis prof (et dans la fausse vie, je suis Sailor Moon). Seulement, je n’exerce pas mon métier dans l’hexagone mais au pays des Roast-Beef. Je vous raconte mon parcours?

L’année dernière, je me suis inscrite dans une fac anglaise et j’ai passé mon PGCE (diplôme d’enseignant) sur une année. Je peux vous dire que c’est une année « accroche-toi ma grosse! ».

Dès septembre, les apprentis profs passent quatre jours de la semaine dans une école que l’université leur a attribués (tu n’as aucun mot à dire! Si c’est une école de merde: tant pis pour ta pomme! Si ton école est à une heure en train: tant pis pour ta pomme!). Là, ils y enseignent une dizaine d’heures par semaine leur matière et apprennent leur métier sur le terrain. Le vendredi est consacré à l’université et aux formations pour compléter le développement des compétences. Dès janvier, les apprentis sont du lundi au vendredi, non-stop à l’école et y enseigne une quinzaine d’heures par semaine. Les futurs profs sont évalués tout au long de l’année par leurs mentors qui les observe donner des cours et donne des retours sur leurs performances. Si on remplit nos devoirs correctement selon les critères fixés par l’éducation nationale, on obtient le fameux diplôme, le PGCE. Victoire!

Attention, gros spoiler: J’ai eu mon diplôme en juin dernier! Ce fut une année très dure, riche en émotions: un jour tu es super content d’être prof et le lendemain tu te demandes si tu n’as pas fait la pire erreur de ta vie. Il paraît que c’est normal…  Ma première école était très difficile et j’ai pas mal galéré. Heureusement, j’ai eu un soutien infaillible de mon amoureux et de ma famille qui a toujours été là dans les coups durs. Sans eux, j’aurais vite jeté l’éponge. De même, ma deuxième école était vraiment sympa et j’ai eu de super collègues qui m’ont toujours épaulée!

La deuxième année dans l’enseignement est encore plus amusante: après l’obtention du diplôme, libre à nous de trouver une école qui voudra bien continuer notre formation et nous embaucher. Dans cette école, il y aura des personnes chargées de nous chaperonner, nous observer et de nous évaluer. Si, selon nos mentors, nous ne remplissons pas assez bien nos devoirs de prof, au bout de trois trimestres, on peut annuler notre diplôme et nous ne pouvons plus du tout enseigner! (Et là, tes 9000 livres de frais d’inscription à l’université partent en fumée).

 

je suis tout à fait d’accord: non mais allo quoi!

Alors, j’en entends déjà certains « Non mais tu es prof! Tu fais rien de tes journées! En plus, tu es toujours en vacances, de quoi tu te plains? ». Alors, d’abord: shut your mouth! Les gens qui me sortent ces mots n’ont jamais donné un cours de leur vie et s’imagine que la vie de prof ressemble à une partie de plaisir. Dans ce cas, pourquoi la profession est-elle en déclin? Pourquoi autant de prof sous Xanax ou en arrêt maladie?

Je n’ai jamais enseigné en France, mais je peux témoigner sur mon expérience en Angleterre. Ma journée commence à huit heures. J’arrive, je dépose vite fait mes affaires et commence à corriger les cahiers de mes élèves. J’ai neuf classes de trente élèves et mon patron veut que les cahiers soient corrigés par mes soins tous les quinze jours: je vous laisse faire le calcul… .A 8h30 j’ai une réunion, tous les jours,pendant quinze minutes. Puis, c’est le moment de prendre sa classe titulaire, de faire l’appel et donner les informations principales de la journée. De 9h à 15h, j’enseigne 5 classes différentes pendant une heure. J’ai une pause de 15 minutes (durant laquelle je bosse ou alors je surveille la récré) et une de 30 minutes pour manger (durant laquelle je bosse aussi). A 15h, j’ai généralement une réunion ou une formation pendant une ou deux heures. Ensuite, je dois planifier mes leçons pour les prochains jours, corriger mes copies, cahiers, devoirs, ranger ma classe, garder les élèves en retenue, appeler des parents… Bref, je « m’occupe ». Alors oui, j’ai parfois des heures de trou. Sur ma semaine, j’ai quatre heures de libre pour planifier mes leçons, mais vous vous doutez bien que 4h pour planifier 20 heures de leçons, ça fait short!

Je suis prof, je n’ai le temps de rien, tout va bien!

Il y a beaucoup de pression sur les profs. Beaucoup s’imagine que pour enseigner, il suffit d’entrer dans la classe et d’illuminer les élèves par notre présence pour les tenir en place. On parle d’enseigner à des enfants, enfants qui ne voient pas toujours l’intérêt des études ou qui ont des problèmes qui les empêche d’accéder au savoir et qui ne sont pas motivés en classe. Du coup, que fait un enfant qui s’ennuie? Généralement, il parle ou fait le clown ou ne fait carrément rien. Du coup, être prof c’est aussi faire « Pascal le grand  frère » et faire la discipline pendant une bonne partie de la leçon.  Tu imagines: tu as déjà du mal à gérer tes propres enfants alors essaie d’en tenir 30 en même temps! C’est physiquement et mentalement épuisant!

Il ne suffit pas non plus de faire des jeux pour motiver les élèves: il y a des programmes à respecter et des résultats à fournir via les évaluations.  Sans les vacances toutes les sept à huit semaines, beaucoup jetterai l’éponge: la pression, la montagne de travail, les élèves à tenir, fournir de bons résultats= burn out!

Selon le syndicat des professeurs ATL, en 2011, 38% des personnes ayant obtenus leur PGCE ont arrêté d’enseigner au bout d’une année. Il y a aussi ceux qui obtiennent leur diplôme mais qui abandonne d’emblée leur carrière tant l’année du PGCE  a été éprouvante et les a rebutés. Ce chiffre monte à près de onze mille personnes. Si cette profession était tellement génial, sans embûches avec des vacances à tire-larigot, alors pourquoi autant d’abandons?

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5 commentaires sur “Prof: est-ce vraiment  »la bonne planque »?

  1. Le choix des images est un peu négatif, en lisant ton article j’ai l’impression que tu es prête à jeter l’éponge : courage!!! Etre prof est tellement gratifiant, il y a des mauvais cotés bien sur, mais je suis sure que tu aimes ton metier et que tu es une super prof 😉

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    1. Quand j’ai écrit l’article, j’étais dans une période un peu négative et oui j’avais envie de jeter l’éponge. Mais le boulot de prof est un boulot en montagnes russes: il y a des très bas et des très hauts. Il faut juste être patient quand c’est un moment difficile: le meilleur reste à venir. En ce moment ça marche du tonnerre et je suis très positive. Mais quand ça va mal, j’ai besoin d’évacuer. Cet article m’a aidé à le faire. Ne t’inquiète pas, j’adore mon métier 🙂

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