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En mode « Off »: les origines de ma dépression

 En mode "Off": les origines de ma dépressionJe reviens vers vous après cette période d’absence injustifiée. J’en ai besoin, mentalement et physiquement. J’ai hésité à en évoquer les raisons. Puis, je me suis dit que mon témoignage pourrait aider et pourquoi pas m’aider aussi.

Il y a un mois, après un an et demi à bosser 50h/semaine, après une énième leçon à ramer pour faire cours et obtenir un minimum de respect, j’ai craqué. Impossible de m’arrêter de pleurer et de trembler durant les heures qui ont suivi, la soirée et même le lendemain. J’avais et j’ai encore à l’heure actuellement ce sentiment d’avoir poussé mes limites à bout et qu’il n’y a rien que je puisse faire qui pourrait arranger la situation.   J’ai perdu toute confiance en moi et l’envie d’enseigner, même à mes élèves les plus doués et reconnaissants.

J’avais déjà senti que ça partait en sucette plus tôt dans l’année. Je ne rentrerai pas dans les détails et je ne blâmerai personne. Je commençais à me dire « Courage, fuyons » mais on avait réussi à me convaincre de rester à coup de « Tu ne trouveras pas de taff » « Tu n’es pas professionnelle sur ce coup »  » ton diplôme va être annulé » On m’avait promis que ça irait mieux avec le temps. « Sois positive ». Seulement, quand on m’a resservi la même soupe après ma crise d’angoisse (avec un petit « tout est de ta faute »en prime), j’ai compris que je devais faire passer ma santé en premier et m’écouter moi.

Je ne suis pas allée au travail le jour suivant, ni les semaines qui ont suivi et je suis encore en arrêt maladie à l’heure actuelle. Je passe mes journées à me forcer à manger, à me forcer à sortir, à paniquer dès que je pense à l’école  et à me répéter que je suis tellement nulle de ne pas y arriver. Je parle peu de cette situation, par honte et par crainte d’être jugée. Je me protège en m’isolant. Ça peut paraître insensé mais certains pensent qu’à l’heure actuelle me dire « Non mais c’était vraiment si terrible? », « Et ton avenir alors? », « Mais tu as postulé pour un autre boulot au moins ? », « Et ton diplôme? « , « Et les factures? » va m’aider à aller mieux. Au contraire, ça ne fait qu’accentuer mon stress et mes crises d’angoisse.

Bien sûr que je pense à l’avenir. Je ne suis pas sereine à l’idée de démissionner sans rien pour assurer mes arrière. Pas besoin de me le rappeler. Cependant, je ne me vois pas perdurer une situation qui nuit à ma santé juste pour faire plaisir ou pour être conforme aux attentes de la société. Et pour ce qui est de trouver un nouveau taff à tout prix, comment réussir à me vendre auprès d’un employeur quand moi même je ne crois plus du tout en moi?

Et pour être honnête, je n’ai envie de rien. L’anglais me parle des projets du Japon et moi, ça me fait autant d’effet que s’il m’annonçait qu’on mangeait des pâtes ce midi. Je n’ai envie de rien, je ne projette rien et je ne trouve du plaisir dans rien. J’ai même arrêter d’apprendre mes langues étrangères, seul loisir que j’avais le temps de faire avec mon travail si prenant.

Je suis une page blanche.

Je ne perds pas espoir que ma situation s’améliore et que mes envies reviennent, mais pour l’instant je suis en mode Off et j’en ai besoin.

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22 commentaires sur “En mode « Off »: les origines de ma dépression

  1. Prends bien soin de toi. Ça arrive les coups de mou et les périodes ou rien ne va plus. Je ne sais pas si tu y a accès (et ne le prends pas mal) mais voir un psy te ferai peut-être du bien aussi. Histoire de sortir de cette mauvaise période plus rapidement.

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    1. Merci beaucoup. J’avais pensé parler à un « counsellor » comme ils les appellent ici, mais je n’arrive pas à franchir le pas. Je me sens encore très honteuse de ma situation et je fais un blocage à l’idée de me livrer à un parfait inconnu. De même, quand je parle de ma situation en anglais, je me sens frustrée. Je suis quasi bilingue, néanmoins on exprime mieux ses émotions dans sa langue maternelle.

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      1. J’avais parler a une councellor ici au Canada et ça m’avait bien aide. Bizarrement faire ça en anglais m’avait décomplexé. J’ai traversé une période difficile cet été et du coup je suis rentrée en France pour 2 semaines. Ça m’a aider a remettre les pendules a l’heure. Et tu n’as pas a avoir honte, on passe tous par des moments difficile. Et être expat n’aide pas:)

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  2. C’est à cause du PGCE, du système scolaire, c’est arrivé à certaines de mes amies, c’est normal. Et malgré la culpabilité (l’argent, la validation du nqt etc), one step at a time. Prends soin de toi. Des bisous.

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  3. Courage. Non ce n’est pas ta faute… le mode off va te faire du bien, pour mieux repartir. Et démission, tout ça… les élèves changent tout les ans ! si cette année ne va pas, ça n’est pas irrémédiable et ne nécessite pas tout de suite une décision et remise en question profonde. Repose toi bien.

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  4. Je viens de tomber sur votre article. Nous ne nous connaissons pas mais je vous apporte tout mon soutien. Des fois, il faut s’écouter, faire un break et repartir de zéro. Vous écrivez « être une page blanche », toute une nouvelle histoire à écrire 😉

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  5. Je découvre ton blog et cet article m’a beaucoup touchée car j’ai vécu la même chose en septembre. Mais en élémentaire dans une ZEP pourrie. Je n’avais jamais vu un niveau aussi faible. Si ça n’avait été que ça, j’aurais surmonté la difficulté. Mais il y avait une ambiance de m*** entre les collègues. Le directeur et une autre collègues m’ont prise en grippe et la hiérarchie ne m’a pas du tout soutenue. Je remercie mon médecin qui m’a comprise et mise en arrêt quand je pétais les plombs. J’ai pu changer de poste en plein milieu d’année.
    Mais malgré tout ça, je me sens épiée, espionnée, j’ai l’impression qu’on m’attend au tournant… Pourtant, je me sens bien dans mon nouveau poste. Mais…

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    1. Je n’ai pas eu la chance de pouvoir changer d’école. Le système est différent ici mais pour être honnête, je ne sais pas si je suis faite pour être prof devant 30 ados. J’aime partager mon savoir mais faire du gardiennage, ce n’est pas mon truc… je me suis lancée comme prof particulière, c’est plus précaire mais je m’éclate à fonds là-dedans. J’ai tout de même souvent des moments d’angoisses liés à ce qui s’est passé à mon ancien travail… Une amie m’a dit un jour « Tu t’en fous que les élèves soient difficiles: tant que derrière tu as une hiérarchie qui est présente et te soutient, tout est possible! Il vaut mieux une bonne école avec de mauvais élèves qu’une mauvaise école avec de bons élèves ». Je n’avais pas compris sur le coup, mais maintenant, tout prend du sens.

      On blâme souvent les profs « oh vous avez la dépression facile » « vous ne faites rien de vos journées » « encore en vacances? » mais c’est un boulot éprouvant physiquement et surtout mentalement…

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    1. Oui c’était un burn out. Je pense que ça a été un tout: je serrais les dents depuis plusieurs mois, j’étais fatiguée, je bossais 45h semaine et n’avais pas de remerciements, les élèves étaient durs et mon boss n’était pas gentil (pour rester polie). De tous les facteurs, je pense que c’est lui qui a le plus joué. Il nous faisait bosser comme pas possible, il était sexiste, raciste, me prenait pour une imbécile et prenait un malin plaisir à me rabaisser et m’engueuler comme un père ferait avec un enfant de 3 ans.

      J’y pense encore souvent et suis bien contente d’être partie avant que cette situation ne me détruise totalement.

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    1. Oui je le sais bien. C’est un boulot très ingrat. De la part des élèves, je peux plus ou moins le comprendre (et encore, car j’ai été éduqué un peu à l’ancienne où l’on doit un grand respect pour son professeur). En revanche, de la part de ses managers, ça, je ne le comprends pas et ne le veux plus. Avoir un patron qui ne pointe du doigt que les mauvaises choses, te stressent, te traitent de fainéante alors que tu bosses h24/7j, non ça je ne le veux plus.

      Alors, pour mon temps de travail, les leçons étaient de 9h à 15h si je me souviens bien mais je venais plus tôt tous les jours pour corriger mes cahiers. Après l’école, quasiment tous les jours j’avais une réunion qui s’éternisait jusqu’à des 17h/17h30 (sans compter les soirées obligatoires de l’école). Je rentrais, je préparais mes leçons et corrigeais mes cahiers.Tout cela nous amène facilement à 19h, 20h voire 21h et au final j’ai donc fait 12h de taff en une journée. Je répétais ça du lundi au vendredi plus le weekend où je continuais (et mon manager veillais à ce que je boss le weekend aussi sinon j’avais le droit d’être sermonnée là-dessus aussi). Du coup surcharge de travail, classes difficiles, manager oppressant = burn out!

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      1. En Angleterre, il y a des « managers » par exemple « le manager des maths » qui gère les profs de maths, « le manager des langues » qui gèrent les profs de langues etc…et ce sont nos supérieurs à qui on doit rendre des comptes :/

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